Posted tagged ‘énergie’

Appartements pour réfugiés climatiques

janvier 28, 2009

lilypadNom de code : Lilypad. Non, il ne s’agit pas là du nom d’une héroïne de jeux vidéos ; Lilypad est un projet fou, encré dans la réalité du logement des futurs réfugiés climatiques. Ainsi que l’annonce le dernier rapport du Giec (publié en 2007), le niveau de la mer devrait augmenter de 18 à 59 cm d’ici à la fin du siècle. Selon l’OCDE, ce seraient 150 million de personnes qui seraient menacées par cette montée des eaux. Jeune architecte belge, Vincent Callebaud a imaginé une cité, flottante, pour loger ces futurs réfugiés climatiques. Cet Ecopolis amphibie pourrait accueillir 50 000 habitants dont les logements seraient construits autour d’une lagune d’eau désalinisée. Rien n’a été laissé au hasard puisque cette réserve d’eau servirait de ballastage. En intégrant différentes énergies renouvelables (solaire, thermique et énergies photovoltaïque, énergie éolienne, hydraulique, marémotrice centrale électrique, d’énergie osmotique, phytopurification, biomasse), serait autosuffisante, et pourrait même se permettre le luxe de produire plus d’énergie qu’elle n’en consommerait. Cerise sur le gâteau, Lilypad serait aussi entièrement biodégradable et le recyclage y serait la norme.

La ruée vers l’Arctique

septembre 15, 2008

Le 2 aout 2007, une équipe scientifique russe plantait un drapeau en titane à 4 000 mètres sous l’eau, à la verticale du pôle dans l’océan arctique. Alors que « l’exploit » est comparé dans les médias russes à l’envoi du premier homme dans l’espace, il est surtout l’un des premiers pas franc engagé dans la bataille géopolitique pour le contrôle des grandes ressources de l’Arctique.

Il y a quelques semaines, l’agence gouvernementale américaine de recherche géologique (USGS) a estimé à 412 milliards de barils équivalent pétrole les ressources inexploitées d’or noir et de gaz dans le cercle Arctique, soit environ un quart des ressources mondiales encore inexploitées. 84% de ces réserves se situent au large…

L’étau semble se resserrer chaque jour davantage autour de l’océan Arctique. Bouleversé par le réchauffement climatique, le continent blanc est plus que jamais au centre des convoitises de ses pays littoraux (Russie, Etats-Unis, Canada, Danemark et Norvège) qui voient en la fonte des glaces, l’opportunité d’exploiter de grandes ressources de gaz et de pétrole encore inexploitées et sur lesquelles ne pèsent aujourd’hui aucune juridiction.

Une fonte estivale record

Selon des estimations publiées le 12 septembre dernier, « la banquise disparaitra totalement entre 2013 et 2040″, a affirmé Clive Desiré-Tesar, porte-parole du programme Arctique de WWF. Elle enregistre d’ailleurs cette année la plus grande fonte estivale. Ce contexte critique pour l’environnement trouve un écho plus favorable chez les pays frontaliers pour, d’une part, l’ouverture du passage du Nord-Ouest mais surtout pour l’exploitation des ressources énergétiques qui deviendraient potentiellement accessibles avec la fonte de la banquise.

Le 9 septembre dernier s’est tenue au Groenland une conférence internationale sur les enjeux de l’Arctique. La Commission européenne a annoncé à cette occasion qu’elle allait présenter « un programme d’action pour contribuer à préserver et protéger l’environnement arctique fragile et pour assurer une gestion durable de ses ressources ».

Des tensions internationales

Pourtant, la ruée vers l’arctique s’accélère : en aout dernier, Otawa a annoncé des investissements pour cartographier le potentiel minéral et énergétique du Grand Nord. Dans un autre domaine, au coude à coude avec la Russie pour la conception de dirigeables cargo, en vue de transporter les éventuelles ressources dans ce milieu hostile pour les hommes. Les dissenssions entre les Etats-Unis et la Russie ainsi qu’avec le Canada sont de plus en plus perceptibles. Sarah Palin, candidate au poste de vice-présidente aux côtés de John McCain se positionne favorablement à l’extension des forages au large de l’Alaska. Le candidat républicain s’est également déclaré en faveur de la fin du moratoire fédéral qui empêche l’exploration offshore.

Interview de Jean-Marc Jancovici

septembre 9, 2008
Voici une interview très intéressante de Jean-Marc Jancovici sur le réchauffement climatique et son impact sur l’océan, parue sur le site www.parismatch.fr

Interview. En Arctique, la glace fond vite, bien trop vite. Face aux menaces que fait peser le réchauffement climatique, Jean-Marc Jancovici fait le point pour ParisMatch.com.

Reportages

Par Antoine Bayle
Les effets du réchauffement climatique se font chaque jour un peu plus pressants. L’Arctique a été plus qu’éprouvé par cet été 2008. La région du pôle Nord n’en finit pas de fondre et de se délester de sa glace. D’après un Centre scientifique américain, les glaces arctiques ont enregistré en août la deuxième plus forte fonte pour une saison estivale depuis le début des observations satellitaires… il y a 30 ans. Preuve de cette cure d’amincissement forcée, des plateaux de glace pouvant atteindre 50 km2 se sont détachés de la côte dans le Grand Nord canadien cet été. Cette déliquescence semble prendre les scientifiques de court. À tel point que de nouveaux travaux publiés sur le site internet de la revue scientifique britannique Nature Geoscience promettent un avenir funeste au Groenland. La fonte des glaciers de cette région de l’Arctique pourrait être bien plus rapide que prévu.
Jean-Marc Jancovici, ingénieur conseil sur les questions de l’énergie et du climat et expert sur la question du réchauffement climatique, revient sur cette actualité pour le moins inquiétante.
ParisMatch.com : L’Arctique est touché de plein fouet par le changement climatique. À quoi l’humanité doit-elle s’attendre dans les prochaines décennies si la fonte des glaces devaient s’amplifier ?
Jean-Marc Jancovici* : Quatre grands sujets mobilisent les glaciologues. Le premier, ce sont les glaciers continentaux des moyennes latitudes (la Mer de glace, les glaciers de la Cordillère des Andes…). Avec quelques degrés de plus sur la planète, une large partie pourrait fondre. Le deuxième endroit qui intéresse les scientifiques est le Groenland. Jusqu’à une époque récente, il semblait trop massif pour être significativement touché par le réchauffement climatique au 21e siècle. Mais les scientifiques en sont revenus, et c’est une très mauvaise nouvelle. Aujourd’hui, si l’on fait le bilan de masse du Groenland, autrement dit ce qui rentre (les précipitations) et ce qui sort (la fonte et la production d’iceberg), il est négatif. Et tout s’accélère. Tant et si bien que la fonte partielle ou totale du Groenland à l’échelle de quelques siècles est maintenant envisagée. Cette angoisse est renforcée par certaines études paléoclimatiques. Elles montrent que la dernière fois que la Terre a vécu un climat du même type que celui que l’on connaît aujourd’hui, mais avec 1 ou 2°C de plus en moyenne, une partie importante du Groenland avait fondu. Le niveau de la mer avait augmenté de plusieurs mètres. On estime aujourd’hui que la fonte totale du Groenland pourrait provoquer une élévation de la mer de sept mètres.
Le troisième sujet d’inquiétude des glaciologues est la calotte occidentale de l’Antarctique. La glace pourrait glisser vers l’océan. On parle ici aussi d’une élévation possible des océans de six mètres. Certains scientifiques estiment qu’au-dessus de 450 parties par million de CO2 dans l’atmosphère, cette calotte pourrait finir par se désagréger. Or nous sommes actuellement à presque 400 parties par million. Nous avons 10 ans pour inverser la machine !
Enfin, le quatrième sujet reste la banquise. D’après le principe d’Archimède, la fonte de la banquise n’a pas d’effet direct sur l’élévation du niveau de la mer. Par contre, il y a un effet indirect. La glace est très réfléchissante et renvoie donc l’essentiel de la lumière solaire, sans réchauffement. Lorsque la banquise fond, elle se retrouve remplacée par les océans qui eux absorbent les rayons du Soleil et chauffent la surface de notre planète. Ce mécanisme accélère la fonte de la calotte groenlandaise, proche de la banquise.
Quelles peuvent-elles les conséquences de ces fontes massives de glace ?

Si le Groenland, la calotte occidentale Antarctique et les glaciers continentaux doivent alimenter la hausse du niveau de la mer d’un mètre ou deux au cours du 21e siècle, l’économie mondiale en subira les conséquences. L’immobilier littoral en pâtira, les infrastructures au contact avec la mer devront être déplacées ou abandonnées. La production agricole sera également touchée… Et les scientifiques sont encore loin d’avoir fait le tour de toutes les mauvaises surprises qui risquent de frapper nos économies. Cet exemple – et il y en a malheureusement beaucoup d’autres – illustre pourquoi Nicholas Stern [qui a donné son nom au rapport sur l’économie du changement climatique publié en octobre 2006, ndlr] évoquait d’une « facture insupportable » concernant le changement climatique.
L’Europe a été frappée cette année par la tempête Emma. En France, une tornade a ravagé la région du Nord en août. Pensez-vous que ces catastrophes naturelles soient liées au réchauffement climatique ?

Non, pour le moment, on ne peut rien en dire. En revanche, l’augmentation de la violence des ouragans dans l’Atlantique depuis 30 ans est plus symptomatique. Le réchauffement climatique va augmenter de quelques degrés la surface des océans, étendre la zone océanique où la température de surface dépasse 27°, autrement dit la condition sine qua non pour obtenir un ouragan. Le réchauffement vient également diminuer la température de la stratosphère et donc augmenter l’écart de température avec le sol. Il va donc se passer quelque chose… Que ce soit sur le nombre, la violence ou la zone géographique des ouragans.
En France, le Grenelle de l’environnement vous semble-t-il une arme suffisante face aux menaces climatiques ?

Le Grenelle, c’est toujours mieux que pas de Grenelle. Mais pour le moment, nous avons traité 0,5% du problème. Je ne suis pas certain que Jean-Louis Borloo ait conscience des ordres de grandeur en présence, et des conséquences socio-économiques possibles d’un traitement insuffisant de la question  » énergie-climat « . Je pense notamment aux villes à banlieues étalées. Comment leurs habitants vont-ils pouvoir travailler, vivre correctement et faire face à un monde qui devrait gérer à la fois le changement climatique et une forte hausse du prix de l’énergie ? L’inaction nous conduit tout droit à des drames sociaux immenses, qui menaceront la démocratie. Et les plans d’action adéquats prendront 50 ans, pas sur une semaine. Or le Grenelle de l’environnement ne parle pas ou presque de ce problème. Il n’est dit nulle part qu’il va peut-être falloir reloger 20 millions de Français…

Il n’y a, au sein du Grenelle, aucune vision structurante et de long terme à la hauteur des enjeux. C’est un empilement de mesures qui ne sont pas idiotes chacune dans leur coin, mais qui collectivement n’ont pas l’ambition nécessaire pour partir à la bonne vitesse vers la solution.
La Taxe carbone (ou contribution climat-énergie), l’un de vos chevaux de bataille, a-t-elle un avenir en France ?

Les politiques ont peur du mot « taxe ». Sur le fond, je pense qu’ils n’ont pas compris le problème. De deux choses l’une, soit nous dégageons de grands moyens face au changement climatique, et l’on s’astreint tous à un peu plus de sagesse, ce qui signifie clairement accepter de payer un peu, soit on ne fait rien, et l’addition nous sera présentée un peu plus tard, avec des intérêts prohibitifs. Mais il n’y aura pas de repas gratuit. Pour la taxe carbone, c’est exactement ça. Pour payer le moins et le plus facilement, il faut payer aujourd’hui et tout de suite une contribution progressive sur la consommation d’énergie.
Mais je ne suis pas très optimiste pour l’avenir de la taxe carbone. Jean-Louis Borloo préfère les mesures réglementaires type bonus-malus, dont l’efficacité est loin d’être suffisante, quand cela n’accroît pas le problème (involontairement, c’est clair). Comme de nombreux économistes, hauts fonctionnaires ou comme le ministère de l’Economie, je pense que notre ministre de l’Ecologie se trompe. Il faut que les citoyens comprennent que nous sommes dans un vaste système interconnecté et que les promesses d’augmentation de pouvoir d’achat de Nicolas Sarkozy sont en partie conditionnées à ce qui se passera sur la banquise (et ailleurs !). Et si nous voulons éviter des conséquences désastreuses, et donc ruineuses, il faut changer nos comportements maintenant. Nous vivons à crédit en ce qui concerne l’économie et la nature. Actuellement, nous confondons l’absence de conséquence et le calme avant la tempête.
* « Le Plein s’il vous plait ! », coécrit avec Alain Grandjean (Ed. du Seuil)

« L’effet de serre, allons nous changer le climat ? » coécrit avec Hervé Le Treut (Ed. Flammarion)